Bio

Je suis né à Nantes en 1967. Mon histoire avec la photographie a commencé le jour de mes treize ans. Mes parents -- particulièrement mon père, voyant que je n'allais pas suivre la voie artistique qu'il avait lui-même choisie (dessin et peinture) -- m'ont offert un petit Instamatic Kodak. Ça a été une révélation immédiate. Depuis ce jour, la photographie n'a jamais quitté ma vie.

Une quête de liberté

J'ai vécu longtemps en essayant d'imposer à la vie mes désirs et ma vision. Je prenais mes souhaits pour des besoins, cherchant à me conformer à un modèle idéal. Je pensais savoir ce dont j'avais besoin. J'avais tort.

À 29 ans, après plusieurs tentatives infructueuses pour faire entrer ma vie personnelle dans un moule créé par d'autres, j'ai admis ne plus savoir quoi faire pour me sentir à ma place. Cette acceptation m'a libéré d'une pression énorme. Elle a créé en moi un espace pour autre chose, qui attendait simplement que je lui laisse la place. J'ai alors compris ce dont j'avais véritablement besoin : la liberté de temps, de mouvement, de création.

J'ai pris une décision radicale, une de ces décisions qui façonnent la suite d'une vie : faire de cette liberté mon axe central. J'ai commencé par prendre une année sabbatique pour partir en voyage solo, une expérience qui allait confirmer mon nouveau choix. Aujourd'hui, cela fait presque trente ans que j'ai autant besoin de cette liberté que de l'air que je respire. Elle a déterminé mon mode de vie, mes relations, mes voyages, mes projets créatifs. Elle a aussi été à l'origine d'un sentiment de différence avec le monde qui m'entoure, sensation récurrente qu'il m'a fallu apprendre à apprivoiser.

Cette liberté, je l'ai financée en acceptant un mode de vie simple, avec très peu de possessions matérielles, et en occupant des activités professionnelles flexibles qui me permettent de partir chaque année ou presque. J'ai appris que la vraie richesse, c'est le temps disponible pour créer ce qui nous tient à cœur.

Cette vision de la vie me suit partout. Je descends d'un bus, d’un métro ou d’un tuk-tuk, et je commence à flâner. Je me perds dans les rues, je laisse venir les hasards. Je voyage comme je photographie : sans plan préétabli, en me laissant conduire par une rencontre, un échange de regards, un bruit dans une ruelle, l'ambiance d'une gare ou d'un marché.

Mon seul impératif est de ne jamais sortir sans un appareil photo. J'ai appris que les images les plus fortes naissent souvent lorsqu'on ne s'y attend pas – et c'est précisément ces photos imprévisibles qui m'ont le plus surpris dans mon parcours, celles que je n'aurais jamais pu faire si je n'avais pas toujours un boîtier sur moi.

Ma pratique se concentre sur la photo sur le vif (street photography, portraits environnementaux) et la photographie de paysages. Mes terrains de prédilection : l'Asie du Sud-Est où j'ai passé plus de trois ans, et le Maroc que je parcours régulièrement depuis 1997.

Ce qui me fascine par-dessus tout, c'est l'inconnu. Certains le redoutent, il me stimule. En voyage, j'aime partir le matin sans savoir ce que la journée va m'apporter – quelles photos, quelles rencontres -- et me dire le soir en regardant mes images : « Je n'aurais jamais pu imaginer vivre ça aujourd'hui. » J'adore cette imprévisibilité, je ne sais pas comment le dire autrement.

L'évidence du noir et blanc

Le noir et blanc s'est imposé comme une évidence esthétique. Il va droit à l'essentiel, s'adresse aux émotions en évitant les distractions. Il offre également une souplesse expressive : présentez un même négatif à dix photographes, vous aurez dix interprétations différentes. Douceur et nuances de gris pour certains, contrastes extrêmes – presque seulement du noir et du blanc -- pour d'autres.

La couleur, à l'inverse, supporte mal le traitement poussé. Elle exige davantage de réalisme, sinon elle donne l'impression d'être truquée.

Cette approche du noir et blanc s'inscrit dans ma démarche habituelle de simplicité et d'authenticité. Je ne cherche pas à suivre les modes. Je suis une sorte de dinosaure dans un monde obsédé par la technologie et le tape-à-l'œil.

Formé à l'argentique, je suis passé au numérique par nécessité pratique, mais j'ai gardé la même philosophie de traitement : je n'utilise pas le photomontage, les filtres tendance ou l'IA. Je joue simplement sur la densité et le contraste, comme autrefois en chambre noire. Ces « contraintes volontaires » me font documenter la réalité de la vie plutôt que fabriquer des images artificielles.

Mon passage de l'argentique au numérique s'est passé facilement, malgré l'effet de surprise initial. J'y ai trouvé la possibilité de photographier davantage sans que cela coûte plus cher -- et accessoirement, de ne plus m'abîmer les doigts dans les bacs de chimie !

Je suis heureux d'avoir fait mes classes en chambre noire, mais je ne dénonce pas le progrès pour autant. J'utilise la technologie sans la laisser me dépasser, en privilégiant un boîtier et un objectif de qualité, tout en restant minimaliste dans la quantité de matériel utilisé.

Entre humain et nature : un équilibre nécessaire

Si l'effervescence des rues me dynamise, le calme des paysages m'aide à me poser. Ma pratique alterne entre ces deux pôles, comme une respiration nécessaire, guidée davantage par l'intuition que par un agenda.

Cette approche s'accommode parfaitement du fait de travailler seul, qui a d'ailleurs joué un rôle clé dans mon développement créatif. Lors de mon année sabbatique et de mon voyage en 1997-98, j'ai appris à ne plus craindre la solitude. Elle a alors cessé d'être une menace pour devenir un espace de liberté.

Photographier en solo n'est pas de l'égoïsme mais simplement une nécessité créative. Je n'ai pas l'esprit à ce que je fais si je dois composer avec les attentes ou le rythme d'un(e) partenaire de voyage. J'ai besoin que mon temps n'appartienne qu'à moi. Ce n'est qu'en fin de journée – ou de voyage – que je redeviens disponible aux autres.

Les voyages qui font l'homme

Bernard Lavilliers l'a parfaitement exprimé en chanson : « Pas moi qui ai fait les voyages. C'est les voyages qui m'ont fait. » Ces paroles résonnent profondément avec mon parcours jalonné de voyages, de rencontres improbables, d'images inattendues, de projets photo prometteurs restés dans des tiroirs, mais aussi d'anecdotes marquantes.

Comme ce jour au Vietnam où j'ai rencontré par hasard deux grands photographes du pays, et nous nous sommes retrouvés tous les trois à bavarder autour d'un café dans la galerie de l'un d'eux.

Ces hasards, je les provoque en me rendant disponible, en lâchant le besoin de contrôler un emploi du temps ou un itinéraire. D'ailleurs, il y a bien longtemps que je n'utilise plus de guide de voyage.

Parfois, les réactions des personnes que je photographie sont inattendues : il arrive que des rencontres de rue débouchent sur une amitié, des échanges qui se prolongent bien au-delà de la photo initiale.

Il y a aussi ces moments de frustration, comme cette excellente image que j'ai effacée par erreur sur l'écran LCD de mon boîtier, dans la précipitation de faire de la place sur ma carte mémoire. Ces petits drames du numérique font aussi partie du parcours.

Ce qui compte vraiment

La photographie est ainsi devenue le prolongement naturel de ma façon de vivre. J'y cherche le même sens de la liberté, la même simplicité que dans mon quotidien. L'accumulation matérielle et la course à la réussite sociale m'indiffèrent totalement. Je préfère l'indépendance, le minimalisme au quotidien, le voyage lent. Cette façon d'être n'est pas un effort : seulement quelque chose que j'avais en moi qui s'est exprimé naturellement au fil du temps.

Ce qui m'importe avant tout, c'est le plaisir de créer, puis la résonance intime qu'une photo peut provoquer. Une bonne image doit d'abord toucher l'émotion du spectateur. Je suis curieux de la rencontre entre l'image et le regard des visiteurs. Parfois, l'un d'eux s'attarde devant une photographie et y découvre un sens que je n'avais pas vu moi-même. Alors la photo prend une autre dimension.

Les compliments comptent moins. Oui, ils font plaisir, mais ils ne nourrissent pas comme le fait de surprendre une émotion instantanée chez quelqu'un. Les critiques ont aussi leur valeur : elles ouvrent sur d'autres points de vue, que je prends en compte lorsque cela me paraît juste.

En fin de compte, ma photographie n'est pas spécialement une carrière et certainement pas un produit. Comme dans ma vie, je ne cherche pas à forcer les choses : je regarde seulement ce qui se présente. Il me reste alors à dire oui ou non. C'est ma manière de vivre. Elle est en décalage, minoritaire. C'est ainsi. C'est la mienne. Une façon de vivre sans précipitation, d'accorder de l'attention aux choses et aux personnes autour de moi, et de capturer des images qui deviennent les témoins silencieux de ce que j'ai vu. Des images comme petits cadeaux pour les générations futures, qui auront de plus en plus de mal à distinguer une photo authentique d'une image générée par l'IA.